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l'islam
plan de l'ensemble
introduction
histoire et géographie
les grandes croyances de l'islam
les divisions
les pratiques
la femme dans l'islam
bibliographie
introduction
"il n’y a de dieu qu’allah et muhammad est son
prophète."
présenter l’islam en quelques pages est un véritable défi. cette religion,
dont la réputation en occident est entachée depuis des siècles d’une
réputation tantôt de païens, tantôt de gens ne respectant pas les femmes,
tantôt de meurtriers, nécessiterait beaucoup plus de nuances que celles que
nous aurons le temps de faire.
nous tenterons toutefois ici d’aller à l’essentiel et de présenter, après
un survol historique indispensable, les doctrines et pratiques qui font que
tout humain, aux yeux de l’islam, est musulman en naissant et devrait le
rester toute sa vie, impliquant que s’il ne le reste pas, il est infidèle.
l’islam est en effet bien plus qu’une religion. c’est bien sûr un ensemble
de croyances et de pratiques, mais aussi une vision du monde impliquant la
politique, l’économie, l’éducation etc. l’islam est un mode de vie. cependant,
l’islam a tellement été adapté aux différents royaumes qui pullulent en arabie
qu’il devient parfois très difficile de discerner entre les adaptations qui,
la plupart du temps, nourrissent les préjugés, et la foi véritable, telle
qu’enseignée par le coran
histoire et géographie
1 situation géographique
nous sommes au sixième siècle après jésus-christ. entre la mer rouge et le
golfe persique, délimité au sud par l’océan indien, s’étend un plateau
désertique où les conditions de vie sont très rudes. car l’arabie,
essentiellement, est un désert parsemé d’oasis. d’un oasis à l’autre vivent
les bédouins, pratiquant surtout l’élevage. les quelques villes se bâtissent
autour de ces oasis et les plus célèbres de l’arabie de l’époque sont:
yathrib, ta’if, khaybar et makka (la mecque). cette arabie du 6e siècle porte
le nom de hedjaz.
2 avant muhammad
les arabes de l’époque sont divisés en tribus, elles-mêmes divisées en
clans. "l’individu n’a d’existence que comme membre du clan auquel il
appartient par la descendance d’un ancêtre." (grégoire, p.13) cette
structure de clan et de tribus est essentiellement utilitaire car "à cause
des dangers et de l’âpreté de la vie du désert, personne ne peut vivre
longtemps sans la protection de son groupe d’appartenance." (grégoire,
p.13)
l’ensemble de la vie est marquée essentiellement par le besoin de
subsister. les gens vivent surtout d’élevage et d’agriculture. ils ne savent
ni lire ni écrire. il n’y a pas non plus d’unité politique et c’est la force
relative des tribus qui fait qu’une domine plutôt qu’une autre. le pouvoir
change ainsi de mains au hasard de combats où les plus forts l’emportent
jusqu’à ce qu’une autre tribu plus forte vienne les détrôner. et comme ces
tribus sont surtout caractérisées par une grande mobilité, personne des autres
grandes puissances de l’époque, perses ou byzantins, n’a jamais réussi à
prendre emprise sur l’arabie qui demeure un territoire globalement libre.
un certain nombre de villes échappent à cette règle de la subsistance.
c’est, entre autres, le cas de la mecque qui est au coeur du commerce
international et qui est dominée essentiellement par une puissante tribu: les
qoraïchites. grégoire dit justement de makka:
elle devint un centre commercial important puisque située au point
de rencontre de deux routes caravanières majeures. l’une relie les ports
du sud à l’égypte, la palestine et la syrie; l’autre joint les mêmes
points à la mésopotamie par le désert d’arabie. les makkois deviennent
riches et puissants. ils ne produisent rien mais ils assurent le
transport, le financement, l’aide diplomatique et les autres activités
liées au commerce. ils profitent de l’échange lucratif des biens suivants:
épices, parfums, métaux précieux, ivoire, soie. cette société en
transition était dirigée par une poignée de riches personnages. (grégoire,
pp. 14-15)
il y a quatre personnages importants qui sont fondamentaux à cette époque.
le chef de la tribu, le cheik, est élu par l’ensemble de la
tribu et dirige tout. si un conflit survient, c’est un arbitre qui
tranchera le débat et se prononcera en faveur de l’un ou l’autre. hormis ces
deux personnages, deux autres ont un rôle de premier plan. le premier est le
devin, le deuxième est le poète:
le devin, perçu comme un familier des jinns (les esprits), pouvait
conseiller,aviser, prédire l’avenir. il était consulté pour toute décision
importante. le poète demeure un être puissant; il peut tout aussi bien
ridiculiser quelqu’un ou le louanger. considéré comme étant inspiré par
quelque esprit, il chante l’amour, la haine, les combats et l’orgueil
tribal. (grégoire, p. 14)
sur le plan religieux, les arabes vivent ce que l’on pourrait appeler un
polythéisme agrémenté d’influences chrétiennes et juives. grégoire voit dans
ces croyances du sixième siècle une "faiblesse des convictions
religieuses" et une "absence de perspectives de la vie après la
mort" (grégoire, p. 15)
en fait, plusieurs croyances animent les arabes. on croit par exemple que
tout ce qui existe cache un esprit, que ce soient les pierres du chemin ou les
arbustes du désert. on croit à certaines divinités comme ozza, l’étoile du
matin, allât, la déesse du ciel, al-manat, la déesse du bonheur ou hobal, le
dieu de la foudre. mais on croit surtout en un dieu supérieur à tous les
autres qui n’est pas vraiment nommé puisqu’on l’appelle allah et que ce nom
signifie tout simplement "dieu". c’est principalement ce dieu qui jouera un
rôle important dans l’avènement de l’islam. mais il reste que globalement,
aucun de ces dieux, quelque soit son importance, n’est capable de structurer
chez les arabes un sens de la vie et surtout un sens de la mort.
marie-agnès malfray décrit ainsi la religion de l’époque:
culte des idoles, offrandes et sacrifices d’animaux, prières
ferventes adressées à heures fixes à allah, le dieu créateur de l’univers;
à allât, ozza et marât, ses filles; à hobal, le dieu de la foudre, ou à
quantité d’autres statues dont les pouvoirs bénéfiques ou maléfiques sont
bien connus des bédouins; la religion, sans être l’essentiel de la vie
pour l’arabe de l’époque, est cependant constamment présente: les nomades
croient aux esprits du désert, personnifiés, ou réifiés dans les arbres ou
dans les pierres: certains de ces «djinns» lancent des sorts et des
maléfices, dont la magie permet souvent de venir à bout grâce au port
d’amulettes ou autres gris-gris. (malfray, p.25)
il s’ensuit que cette absence de perspective de survie après la mort et la
vie rude du désert auront un impact direct sur la mentalité et le comportement
des tribus. grégoire décrit ainsi ce comportement:
en raison de vues très sommaires sur la mort et l’au-delà, et du
caractère éphémère d’une vie rude, les arabes tentent de tirer le maximum
du présent. "mangeons, buvons, soyons heureux aujourd’hui, car demain nous
mourrons", telle semble être la philosophie de vie.
l’honneur, la loyauté, la générosité, la bravoure, la virilité
occupaient le sommet de l’échelle des valeurs. la moindre insulte
déclenchait l’obligation de la vengeance du sang, la loyauté manifestait
l’esprit du clan et la générosité théâtrale qui incluait l’hospitalité
témoignait de la grandeur d’âme. (grégoire, p.16)
les arabes de l’époque sont aussi fervents des pèlerinages et la mecque
jouera ici un rôle de premier plan. en effet, dans cette ville on retrouve un
édifice cubique portant le nom de kaaba, construit selon la légende, par
abraham et son fils ismaël et où sont situées toute une série de pierres
sacrées. parmi ces pierres qui représentent les divinités des tribus, une est
plus importante que les autres, c’est une pierre noire. d’ailleurs, la mecque
est déjà connue dans le monde entier de l’époque sous le nom de sanctuaire de
la pierre noire.
chaque année, les tribus font une trêve pendant laquelle on se retrouve à
la mecque afin de pratiquer toutes sortes de rites autour de la kaaba.
d’ailleurs, tous participent plus ou moins à cette fête, que ce soient les
arabes ou les gens des caravanes de passage. plus tard, le fondateur de
l’islam intégrera et récupérera cette pratique du pèlerinage.
3 petite histoire de muhammad.
c’est dans ce contexte polythéiste sommaire que naîtra muhammad (prononcer
mohammed), celui qui changera la face de l’arabie et qui sera à la source de
l’une des plus grandes religions au monde, celui que l’islam présentera comme
le dernier grand prophète, le seul avant la fin des temps.
3.1 de la naissance au mariage.
c’est en 571 (ou autour de 570 du moins) que muhammad voit le jour. il
fait partie par son père abd’allah d’un clan pauvre, les hâshimites, de la
riche tribu des qoraïchites. placé très jeune chez une nourrice du nom de
hâlima, il vit chez elle ses sept premières années de vie puis revient chez
sa mère amina. une série de malheurs arrive ensuite. quelques mois après
être retourné chez sa mère, amina meurt. l’enfant est alors placé chez son
grand-père paternel, abd-al-muttalib qui meurt lui aussi quelques temps
après. c’est alors son oncle, abou talib, qui le recueille et s’occupe de
lui. c’est là qu’il sera initié à la vie du désert, aux principes moraux du
temps et à la religion polythéiste caractéristique de son époque.
on ne sait absolument rien du reste de l’enfance de muhammad, sinon des
légendes qui, si elles sont jolies et gentilles, ne peuvent absolument pas
être assimilées à l’histoire. il faut cependant noter que ces légendes,
développées bien après la mort de muhammad sont cependant caractéristiques
de la vie que l’histoire lui attribue. en effet, lorsqu’un personnage
important est reconnu comme tel par la postérité, ce phénomène
d’embellissement de sa vie est constant. si on ne peut pas accorder de
crédit historique à ces légendes, elles sont cependant un bon indicateur de
la considération que les gens ont accordé à l’individu. nous citerons ici
deux pages de marie-agnès malfray, exceptionnelles à cet égard.
on dit, en effet, qu’abdallah, le père, dont le hasard a voulu qu’il
n’eût qu’un seul fils (le fait est très rare, car les familles sont
nombreuses à ce moment-là), avait un drôle d’air le jour où il vint
trouver amina sur sa couche; le voyant passer, auréolé de désir, une
voisine avait bien essayé de l’attirer à elle, mais sans succès: il
semblait bien pressé de satisfaire immédiatement son désir sexuel, là,
tout de suite, sans tarder! sa femme, amina, l’accueillit avec tendresse
et sans surprise. et lorsque tout fut consommé, il avait - dit-on - la
physionomie si pleine de lumière, le visage si serein et le regard si
satisfait que son attitude frappa tous les observateurs, ou plutôt...
toutes les observatrices! il venait de concevoir un prophète... ! mais
cela fait partie de la légende qui précise qu’amina, elle, ne s’était
rendu compte de rien.
cette même légende rapporte l’anecdote suivante, survenue alors
qu’il était en garde chez hâlima, la nourrice; il devait avoir cinq
ans.
parti garder les moutons avec deux de ses frères de lait, mahomet
vit un jour s’approcher de lui une boule de lumière dans le ciel. arrivé
au sol, deux anges se présentèrent à lui, sous les yeux des autres petits
garçons médusés. quand ils revinrent à la maison, mahomet était pâle comme
un linge et son visage était baigné de larmes: pressé de questions,
l’enfant aurait avoué que les deux anges lui avaient, l’espace d’un
instant, enlevé le coeur de la poitrine; puis, l’ayant soupesé et nettoyé,
ils l’avaient remis en place sans la moindre trace ni douleur autre que le
saisissement, ne laissant dans son dos qu’une tache brunâtre que l’on
identifiera plus tard comme le «sceau de la prophétie». là encore, il est
bien normal que la fiction se mêle au réel et l’on ne saurait accorder
beaucoup de crédit à des anecdotes dont l’apparition est bien
compréhensive lorsqu’il s’agit de raconter la vie d’une des plus grandes
figures de l’humanité. faisant suite à cette intervention angélique, voici
encore l’histoire de bahîrâ, le moine-ermite, dont les arabes écoutaient
avec beaucoup d’attention les oracles. un jour que son oncle l’avait
emmené avec lui pour un voyage en syrie, la caravane dit halte dans
l’ermitage où se trouvait bahîrâ. alors que tout le monde était occupé a
se restaurer avant de repartir, bahîrâ tout à coup aperçut le jeune homme,
nimbé de lumière, se détachant du milieu de la foule: aussitôt, il demanda
à lui parler et à l’examiner de plus près. accompagné de son oncle,
mahomet voulut bien se prêter à cette rencontre: c’est alors que le devin
découvrit ce fameux «sceau de la prophétie»! effrayé et quelque peu exalté
de sa découverte, l’ermite se fit un devoir de prévenir abou talib des
conséquences qu’elle allait avoir pour l’enfant et son clan: «protège bien
ton neveu, lui dit-il en substance, son avenir est tourmenté. ses ennemis
seront nombreux et féroces, car il aura une grande mission à accomplir et
tu devras l’aider. cet enfant n’est pas un enfant comme les autres.»
l’oncle crut-il à cette vision? c’est peu probable, mais il s’empressa
sans doute de rentrer à la mecque et se mit à considérer son neveu d’un
tout autre oeil... (malfray, pp. 25-27)
toujours est-il que muhammad en arriva un jour à devoir gagner sa vie.
nos sources affirment qu’il était alors intelligent, diplomate et doté d’un
charme exceptionnel. il cherchera du travail auprès des maîtres des
caravanes. c’est ainsi qu’il rencontre, à 25 ans, une femme de 40 ans du nom
de khadîjâ, riche et deux fois veuve. il travaillera d’abord pour elle puis
l’épousera.
durant les 15 années qui suivent, muhammad vit heureux avec khadîjâ
auprès de qui il a trouvé l’amour. il ne prendra d’ailleurs aucune autre
épouse durant tout le temps que khadîjâ vivra. de ce mariage naîtront un
fils et cinq filles. malheureusement, le fils et une fille mourront en bas
âge, ce qui constitue une épreuve de taille dans un monde où ce ne sont que
les naissances mâles qui sont valorisées.
durant ces quinze années, muhammad effectue de nombreux voyages à cause
de ses fonctions de caravanier. il est alors soumis à beaucoup d’influences,
notamment juives et chrétiennes. est-ce lors de ces voyages qu’il prit le
goût à un peu plus que le pouvoir matériel et les plaisirs terrestres? on ne
saurait dire. pourtant muhammad semble animé par une insatisfaction
profonde. marie-agnès malfray le décrit ainsi:
mahomet a trente-cinq ans, et son surnom de al-amîn, «l’homme de
confiance», atteste qu’il est l’un des sages de son clan: mais un peu trop
idéaliste, irréaliste même. sous cette sagesse, sous cette apparente
sérénité, mahomet cache un tempérament inquiet, nerveux, plein de désirs
refoulés. il lui eût fallu se montrer plus retord, plus intrigant pour
être à l’unisson des dirigeants mecquois, davantage avides de plaisirs et
de richesse que de pensées élevées! (malfray, p.28)
toujours est-il qu’entre son travail et sa vie de famille, muhammad prend
l’habitude de se retirer dans les montagnes entourant la mecque afin de
méditer, réfléchir et prier. grégoire commente ainsi cette habitude:
qu’est-ce qui pouvait bien préoccuper muhammad? la faiblesse des
convictions religieuses de la vie arabe, la conduite scandaleuse des
riches commerçants de la makka ou la condition d’esclaves à laquelle en
étaient réduits certains? l’une ou l’autre de ces constatations pouvait
stimuler la réflexion de n’importe quelle intelligence sensible. a la
makka, paraît-il, l’argent permettait de s’offrir tous les plaisirs et
tous les abus. (grégoire, pp.20-21)
au cours de ses retraites nombreuses, muhammad trouvera un sens à son
existence. un sens qui, en fait, donnera le ton à toute une civilisation et
des millions d’humains.
3.2 les révélations.
au cours d’une nuit de méditation dans une grotte du mont hirâ, muhammad
reçoit une révélation. malfray la raconte ainsi:
l’ange lui montre un parchemin couvert de signes et lui dit: "lis! -
mais je ne sais pas lire, répond mahomet. - lis! répète la voix. - mais je
ne sais pas lire, insiste le prophète. - lis!" la voix se fait de plus en
plus pressante... "que dois-je lire?" cède alors mahomet, complètement
bouleversé. la voix commence à lui dicter la révélation divine, paroles
qui resteront sous le nom de "coran" (la récitation). enfin, avant de
disparaître dans le ciel, une tradition rapporte que l’ange lui crie: "tu
es l’envoyé de dieu, le messager d’allah."
cette petite phrase allait changer le destin du pieux commerçant
mecquois et, avec lui, celui de millions d’hommes dans le monde.
la nuit de la révélation, appelée "nuit de la destinée", a
été décrite maintes fois et de plusieurs manières. c’est la nuit du 26 au
27 du neuvième mois de l’année lunaire arabe, le mois de ramadan 612:
mahomet a un peu plus de quarante ans. (malfray, p. 33)
cette première révélation ne sera pas la seule et au début, muhammad,
essentiellement perturbé par ce qui lui arrive, va jusqu’à se croire fou ou
possédé. cependant, appuyé par khadîjâ qui croit en l’origine divine de ces
révélations, il prend de l’assurance. khadîjâ jouera d’ailleurs un rôle de
premier plan dans cette révélation puisque c’est elle qui encouragera
muhammad dans ses moments de découragement et qui le soutiendra tout au long
de sa vie.
les révélations s’empileront pour former, au bout de vingt ans, ce que
l’on connaît aujourd’hui sous le nom de coran.
muhammad ne dit pas tout de suite à tout le monde qu’il est investi d’une
mission divine. au début, cela se limite à quelques proches et à sa
famille.
au début, seule sa femme khadîjâ, sa proche famille et quelques
membres du clan ont à connaître la mission qu’allah vient de confier à
mahomet et, tant que la voix ne lui en donne pas l’ordre formel, ce
dernier, effrayé sans doute par l’importance du message, ne cherche pas à
rendre publique son extraordinaire aventure. (malfray, p.34)
3.3 premières prédications et hégire.
pourtant, tout de même assez tôt, la voix dont on dira plus tard que
c’est l’ange gabriel, lui ordonne justement d’annoncer la révélation à tous.
comme muhammad demeure à la mecque entre ses voyages, c’est là qu’il
commencera à prêcher. il se heurte pourtant à beaucoup de résistance. la
mecque est un milieu où l’argent et les plaisirs sont plus importants que
tout le reste. dans ce contexte, muhammad dérange, bouleverse l’ordre
établi, et comme tous ceux qui, avant lui, ont tenté d’apporter un message
impliquant un changement radical de conduite, il sera très mal
accueilli.
pendant près de dix ans, muhammad prêchera sans relâche à la mecque mais
ne réussira qu’à gagner à sa cause des gens qui n’ont rien à y perdre:
pauvres et esclaves. seuls quelques personnes importantes se joignent à
lui.
aussi les persécutions ne tardent-elles pas à suivre de près les
railleries et les critiques. c’est dans une sorte de quarantaine que les
premiers musulmans vont vivre avec mahomet: il y a là le converti de la
première heure, le fidèle compagnon du prophète, abou bakr, un riche
marchand; il y a aussi quelques jeunes gens en révolte contre leur famille
et qui voient là une belle occasion de devenir contestataires actifs, des
membres exaltés du clan des taym ou de zohra, un esclave affranchi du nom
de bilâl, et des membres du clan, dont ali, le fils adoptif d’abou talib,
cousin de mahomet: en tout quarante à cinquante fidèles. quelques uns, les
plus déshérités, donc les plus persécutés, seront contraints de fuir en
abyssinie, dont le négus est catholique et tolérant, lorsque les
tracasseries deviendront trop pesantes. (malfray, p. 35)
plus ça va et plus il devient impossible de vivre à la mecque. muhammad
est poursuivi par tous, ridiculisé. les plus vulnérables de ses fidèles
(ceux qui n’ont pas d’argent), les esclaves, se font assaillir. si muhammad
vit quant à lui en relative sécurité, c’est uniquement parce que le clan des
haschimites dont il fait partie et dont son oncle est le chef le protège des
qoraïchites. il faut mentionner ici en effet que son oncle, bien que
sceptique toute sa vie face à l’authenticité du message de muhammad, le
protégera tout de même.
au bout de dix ans, muhammad commence à envisager la possibilité d’aller
prêcher ailleurs. c’est à cette époque qu’il fera une expérience mystique
qui marquera le reste de sa vie et qui fera prendre un tournant différent à
la religion islamique. cette expérience est rapportée par la tradition comme
le voyage nocturne ou mi’râj. cet épisode important est raconté ainsi par du
pasquier:
au cours de cette expérience mystique, le prophète fut d'abord
transporté de la "mosquée sacrée", qui est la kaaba de la mecque, à la
"mosquée très éloignée", en arabe al-masjid al-àqçâ, qui désigne
l’emplacement du temple de jérusalem. puis, à partir du rocher sacré de
l’ancien sanctuaire, il fut élevé jusqu’au septième ciel, rencontrant
durant son ascension les messagers que dieu avait envoyés sur terre avant
lui, notamment abraham (ibrâhîm), moïse (mûsâ) et jésus (îsâ). il
accomplit la prière rituelle comme imam devant tous les prophètes, puis se
retrouva seul en présence de dieu. ce fut, pour le fondateur de l'islam,
la confirmation que sa mission était bien dans la ligne de la grande
révélation monothéiste dont elle constituait la synthèse et la conclusion.
(du pasquier, p.47)