Home > Bibliothèque > Histoire > LA BATAILLE DU FOSSE ET LE ROLE DES JUIFS
Comme nous lAvons déjà noté, les Juifs devenaient de plus en plus jaloux de lAccroissement constant de la force et du pouvoir du Prophète. La tribu juive la plus distinguée et la plus riche, les Banti Nadhîr, qui vivait à Médine en défiant lAutorité du Prophète, œuvrait en vue de sa ruine, par tous les moyens, loyaux ou déloyaux. Le chef des Banî Nadhîr, Ka`b Ibn Achraf, complotait, comme nous lAvons déjà vu, avec les Mecquois. LAttaque mecquoise d'Ohod eut lieu après qu'il eut été tué, et c'est ce qui explique pourquoi les Banû Nadhîr ne participèrent pas ouvertement à cette bataille. S'il avait été encore vivant, ils se seraient sûrement engagés dans l'expédition. Bien que celle-ci fût considérée dans une certaine mesure comme une campagne réussie, elle nAffecta pourtant en rien le pouvoir du Prophète, dont lAutorité resta intacte.
Les Juifs Nadhîrites, qui vivaient à quelque cinq kilomètres de Médine, ourdirent un complot pour tuer le Prophète traîtreusement lors d'une invitation amicale. Ils l'invitèrent à un dîner et placèrent son siège dans la cour, juste sous un toit en pente pour faciliter la chute d'une meule sur lui et le tuer de la sorte. Une fois assis à la place qui lui avait été désignée, avec quelques compagnons, le Prophète découvrit le dessein perfide, et quitta sur-le-champ le lieu, pour retourner seul et discrètement à sa maison, ayant compris que les Juifs ne cherchaient pas à nuire à ses compagnons mais à sa personne seulement. Ces derniers, découvrant un peu plus tard la cause de sa disparition soudaine, sAlarmèrent et suivirent son exemple.
Le Prophète décida alors de chasser les Banî Nadhîr hors de Médine et ordonna qu'ils partent dans les dix jours sous peine de mort. Mais ils refusèrent d'obtempérer et prirent la résolution de résister audit ordre. Il s'ensuivit qu'ils furent assiégés à l'intérieur de leurs murs, et aprs un siège de quinze jours, ils durent se rendre et on les expulsa à l'été de lAn 4 de l'hégire (625 après J.C.) (Sourate al-Hachr). On les autorisa à emporter avec eux leurs biens mobiliers à l'exception des armes. La plupart d'entre eux allèrent à Khaybar où ils prirent propriété, dAutres se dirigèrent vers la Syrie. Leurs propriétés immobilières furent confisquées. Leurs bâtiments furent distribués aux Muhâjirin qui nAvaient pas encore de maisons depuis leur immigration. Certains Ançâr qui ne possédaient rien en propriété privée eurent aussi droit à des logements dans ces propriétés confisquées.
La mère de `Alî, Fâtimah Bint-Asad, qui avait nourri affectueusement Mohammad après la mort de `Abdul-Muttalib, mourut en lAn 4 de l'Emigration. Le Prophète la couvrit avec sa propre chemise après le bain préalable à son inhumation. Il participa lui-même au creusement de sa tombe, et lorsque celle-ci eût été creusée, il descendit lui-même tout dAbord dans le caveau et pria pour elle. Lorsqu'on lui demanda pourquoi toute cette attention particulière et toutes ces faveurs inhabituelles accordées à la défunte, le Prophète répondit qu'elle avait été une mère pour lui.
Le 3 Cha`bân de lAn 4 H., un second fils de `Alî naquit de Fâtimah, la fille du Prophète. Il fut appelé Hussayn. Sa naissance intervint après une grossesse de six mois seulement. On dit qu'à part le Prophète Yahyâ Ibn Zakariyyâ et Al- Hussayn Ibn `Alî, aucun autre enfant, né au terme d'une si courte grossesse, ne put survivre. Alors que le Prophète était en train d'embrasser l'enfant sur la gorge, lAnge Gabriel apparut. Il le félicita pour la naissance de son petit-fils, mais il ne put retenir ses larmes. Lorsque le Prophète l'interrogea sur la raison de ses pleurs, lAnge Gabriel lui prédit lAssassinat dAl-Hussayn après sa disparition (du Prophète). LAnge Gabriel tendit une poignée de terre du sol sur lequel lAssassinat aurait lieu. En apprenant cette information, le Prophète sAttrista, pleura et maudit les Banî Omayyah. Cette poignée de terre fut gardée dans une bouteille par Om Salmâ, la femme du Prophète, celui-ci lui ayant demandé de la conserver aussi longtemps qu'elle conserverait la couleur rouge du sang, qui symbolisait le martyre dAl-Hussayn.
Comme nous lAvons noté plus haut, les Juifs ne restèrent pas inactifs après leur expulsion. Ils formèrent une coalition avec les autres tribus qui avaient été bannies épisodiquement, et remuèrent ciel et terre pour annihiler leur ennemi commun, le Prophète. Ils incitèrent les Juifs de Khaybar pour qu'ils se joignent à eux dans leur lutte contre cet ennemi. Ils envoyèrent des délégations aux tribus bédouines et aux Quraych à la Mecque. Ils réussirent à conclure un traité avec les Mecquois, les engageant conjointement à s'opposer à Mohammad jusqu'à la fin. Ils réussirent également à conclure des alliances avec les grandes tribus bédouines de Ghataffan, Solayman, Banî Qays et de Banî Asad, en vue de supprimer l'Islam. Ils projetèrent une attaque en masse contre Médine afin de détruire le Prophète et sa religion dans sa source même.
Les Mecquois, forts de quatre mille combattants avec trois cents chevaux et quinze cents chameaux, furent renforcés par six mille alliés envoyés par les tribus juives et bédouines. Cette force considérable composée ainsi de trois armées totalisant dix mille hommes se mit en marche sous le commandement dAbti Sufiyân au mois de Chawwâl de lAn 5 de l'hégire (Février 627, après J.C.)
Le Prophète reçut un renseignement sur l'invasion avant lArrivée de l'ennemi, mais il avait à peine le temps de se préparer à le recevoir. Aussi décida-t-il de consacrer le peu de temps qu'il lui restait à se défendre à Médine même. Il se prépara donc à soutenir un siège. Ainsi, on construisit des maisons de pierre rattachées les unes aux autres, de manière à former une sorte de haut mur fermé autour de la ville, sauf du côté nord-ouest où on laissa une grande ouverture afin d'y affronter l'ennemi facilement. A cet endroit, on creusa, sur les conseils de Salmân al-Farecî, qui était au courant du mode de défense des villes dans les autres pays, une tranchée large de quinze pieds et profonde dAutant. LAccomplissement de ce travail fut divisé proportionnellement entre les Musulmans. Le Prophète lui-même y participa en transportant la terre excavée. En six jours la tranchée fut terminée presque tout au long de la ligne défensive. Les maisons situées hors de la ville furent évacuées, les femmes et les enfants relogés, par mesure de sécurité, dans la partie supérieure des maisons à double étage, à l'intérieur du retranchement. A peine tous ces préparatifs terminés, lArrivée de l'ennemi fut retardée. LArmée musulmane se mit en rangs et se retrancha derrière le fossé. Le Prophète campa au centre du retranchement, sous une tente de peau rouge placée dans un endroit ayant lAir d'un croissant. Le camp avait derrière lui le terrain surélevé de Sila', et devant lui la tranchée.
En apercevant la tranchée, l'ennemi fut stupéfait, car ce mode de défense était inconnu chez les Arabes. Ceux-ci ne sachant donc pas comment surmonter cette difficulté imprévue, assiégèrent la ville. NAyant pas réussi à pénétrer dans les quartiers fermés pendant un certain temps, ils se contentèrent d'y décharger sans relâche leurs flèches. Entre-temps, Abû Sufiyân essaya d'inciter la tribu juive de Quraydhah à rompre son allégeance à Mohammad.
Hoyay Ibn Akhtab, le Nadhîrite le plus zélé dans son opposition à Mohammad fut envoyé pour négocier avec Ka`b Ibn Asad, le prince des Juifs Quraydhites. Il réussit à le convaincre de se rallier à Abû Sufiyân et de violer donc le pacte de neutralité conclu avec le Prophète. Il fut convenu que les Quraydhah aideraient les Quraych après une période de préparation de dix jours, en attaquant lArrière de lArmée musulmane par le quartier nord-ouest de la ville, qui s'étendait sur le côté sud-est de leur forteresse et qui leur était facilement accessible.
Les rumeurs de cette trahison parvinrent aux oreilles du Prophète, lequel envoya deux chefs dAws et Sa`d Ibn `Abâdah chez les Juifs, pour savoir la vérité. Après avoir fait leur enquête, ils retournèrent auprès du Prophète pour l'informer que la disposition des Juifs à son égard était pire qu'on le craignait. Cette nouvelle lAlarma. Les craintes s'étant avérées justifiées, il devint nécessaire de se mettre à lAbri de toute surprise et de toute trahison. Le quartier nord-est de la ville, qui se trouvait du côté de la forteresse juive, était le moins défendable. Pour protéger les familles de ses partisans à travers la ville, le Prophète ne pouvait que détacher un grand nombre de combattants de son année de trois mille hommes, force à peine suffisante pour couvrir la longue ligne de retranchement.
Il dut donc affecter pour la défense intérieure de la ville deux forces, l'une de trois cents hommes sous le commandement de l'ex-esclave affranchi, Zayd Ibn Hârithah, et lAutre de deux cents hommes, sous le commandement d'un chef médinois. Ces deux forces avaient pour mission de patrouiller dans les rues et les chemins de la ville, jour et nuit.
Ainsi, la force chargée de la Défense de la ville contre les assaillants fut-elle réduite à deux mille cinq cents hommes qui devaient faire face à une armée ennemie de dix mille hommes. La prolongation du siège causa encore plus de troubles aux Musulmans étant donné que leur nombre, déjà insuffisant pour garder les postes extérieurs de la ligne du retranchement, ne permettait pas qu'on procédât à des relèves, bien qu'ils fussent obligés de faire un effort considérable pour maintenir une surveillance vigilante et permanente jour et nuit. Outre la famine due au manque de provisions, ils devaient supporte la chaleur des journées ensoleillées et le froid des nuits glaciales en plein air.
Plus d'une quinzaine de jours s'écoulèrent ainsi, avant qu'un groupe d'élite de cavaliers parmi les assiégeants ne découvre la partie la plus étroite et la moins bien gardée de la tranchée. `Amr Ibn `Abd Wed, Nawfal Ibn `Abdullâh et Dharar Ibn Al-Khattâb, conduits `Ikrimah Ibn Abî Jahl, donnant un coup d'éperon à leurs coursiers, réussirent à franchir le fossé et galopèrent avec vantardise devant leur ennemi. `Amr avançant son cheval fièrement vers les Musulmans, les défia à un combat en duel. Abû Sufiyân et Khâlid Ibn al-Walîd attendaient de lAutre côté de la tranchée l'issue du combat
A la vue de `Amr les Musulmans furent frappés d'une terreur profonde et s'immobilisèrent. Aucun d'entre eux ne prit le risque de sAvancer pour relever le défi, car cet homme était très célèbre pour sa force et reconnu parmi les Arabes comme étant égal à mille adversaires. Le Prophète demanda aux compagnons éminents dAvancer. Personne, excepté `Ali, ne se leva. Mais le Prophète lui intima l'ordre dAttendre. De nouveau `Amr mugit et de nouveau `Alî sApprêta à sAvancer, mais fut retenu par le Prophète. A son troisième appel de défi, demandant aux Musulmans sur un ton sarcastique si aucun d'entre eux ne désirait gagner le Paradis en tant que martyr, là encore personne ne répondit au défi, sauf `Alî qui sAvança impatiemment. Cette fois-ci le Prophète ne s'opposa pas, et posant son turban sur la tête de `Alî et sa cotte de mailles sur son corps, il lArma de sa propre épée, Thulfiqâr, et le laissa aller à la rencontre de lAdversaire. "C'est un combat entre la Foi et l'infidélité, l'incarnation du désir de la première d'écraser complètement la seconde", s'exclama le Prophète lorsque `Alî, l'illustre héros sAvança vers `Amr Ibn `Abd Wudd, le célèbre géant des infidèles. Puis, levant ses mains vers le ciel, il pria : "Ô Dieu ! `Obaydah, mon cousin me fut enlevé dans la bataille, de Badr, et Hamzah, mon oncle, lors de celle d'Ohod. Par Ta Miséricorde ! Ne me laisse pas seul et sans défense. Epargne `Alî pour qu'il me défende. Tu es le Meilleur des défenseurs".
Lorsque les deux hommes (`Amr et `Alî) se mirent face à face, `Amr dit à `Alî : "Neveu! (car il était un ami dAbû Tâlib, le père de `Alî) Par Dieu, je ne voudrais pas te mettre à mort". `Alî répliqua : "Mais par Allâh, je suis là pour te tuer". Enragé par cette réponse, `Amr descendit immédiatement de son cheval, et lui coupant les jarrets, pour vaincre ou mourir, il sAvança vers `Alî. Ils engagèrent le duel immédiatement, et tournant chacun autour de lAutre pour le prendre de flanc, ils soulevaient une telle tempête de poussière qu'il était difficile de les distinguer. On n'entendait que le bruit de leurs coups d'épée. Enfin on entendit la voix de `Alî criant "Allàh-u-Akbar" (Allâh est le plus grand) en signe de victoire. Lorsque le sable se dissipa, on vit `Alî posant son genou sur la poitrine de lAdversaire et coupant sa tête. Le Décret Divin que le Prophète avait vu écrit en lettres de Lumière Céleste dans les cieux, la nuit du Mi`râj, se réalisa là encore, comme dans bien dAutres occasions similaires.
Voyant le sort subi par leur héros renommé, les compagnons de `Amr dans cette entreprise malheureuse éperonnèrent leurs chevaux pour rebrousser chemin et fuir. Ils gagnèrent tous lAutre c6té de la tranchée, sauf Nawfal dont le cheval ne réussit pas le saut et qui tomba dans le Fossé. Submergé par une averse de pierres lancés par les Musulmans, il criait : "Plutôt mourir par l'épée que de la sorte". Ayant entendu ce cri, `Alî sauta dans le fossé pour lAchever.
Contrairement à la coutume, `Alî n'ôta à `Amr ni son armure ni ses vêtements. Lorsque la sœur de `Amr vint voir le corps de son frère, elle fut frappée dAdmiration pour la noble conduite de son adversaire, et lorsqu'elle apprit qui il était, elle devint fière de son frère pour avoir été vaincu par celui qui était connu comme l'Unique Héros de caractère sans tache.
Aussi s'exprima-t-elle dans les termes suivants : "Si son vainqueur était une autre personne que celui qui lA tué effectivement, je pleurerais la mort de `Amr toute ma vie. Mais (je suis fière de savoir que) son adversaire était l'unique héros irréprochable".
Le toujours victorieux `Alî, le "Lion dAllâh", se signala, là encore, par son courage, comme dans les batailles de Badr et d'Ohod. Le Prophète déclara à cet égard que les actes héroïques de `Alî dans le combat, le "Jour du Fossé" étaient plus méritoires que les actes de piété accomplis jusqu'à la fin de ce monde par ses adeptes.
Ce jour-là, l'ennemi ne tenta plus rien; mais il se livra à de grands préparatifs pendant la nuit. Khâlid tenta vainement avec un groupe de cavaliers de franchir la tranchée. Le lendemain matin, les Musulmans découvrirent toute la force de l'ennemi déployée tout au long du retranchement. Les combattants ennemis essayèrent par tous les moyens de gagner le côté musulman du retranchement, mais échouèrent sur toute la ligne. La tranchée remplit bien sa mission; elle ne put être traversée, et pendant toutes les opérations, cinq Musulmans seulement furent tués. L'ennemi, malgré son grand nombre, était paralysé par la vigilance des postes avancés des Musulmans. Il prétendit considérer la tranchée comme un subterfuge sans mérite, étant un artifice étranger auquel aucun Arabe n'était familier.
Entre temps, Abfl Sufiyân demanda aux Juifs de Quraydhah de tenir leur engagement de participer à lAttaque générale le jour suivant; mais les Juifs eurent des soupçons sur les Quraych et leurs alliés, et craignirent que si par malheur le combat ne s'engageait pas, les assiégeants pourraient se retirer tranquillement en les laissant à leur propre sort. Pour être à lAbri d'une telle éventualité, ils demandèrent que les Quraych leur laissent quelques otages à titre de garantie, et prétextèrent leur Sabbat pour ne pas combattre le jour suivant. Cette attitude suscita à son tour la méfiance des Quraych qui soupçonnèrent les Juifs de leur avoir demandé des otages dans le seul but de les remettre à Mohammad qui leur assurerait la paix en contrepartie. Abh Sufiyân et les chefs des confédérés furent ainsi grandement découragés. Leur espoir si longtemps centré sur les Juifs de Quraydhah pour qu'ils attaquent dans la ville même lArrière de lArmée du Prophète tourna à présent en une crainte de lAttitude hostile et traîtresse de ces mêmes Juifs.
Démoralisés par la perte de leur commandant le plus courageux, `Amr Ibn `Abd Wud, et inquiets qu'ils étaient après deux tentatives vigoureuses mais infructueuses, les Quraych et leurs alliés nAvaient plus le courage de tenter une nouvelle attaque générale. Aussi la discorde commença-t-elle à les opposer les uns aux autres. Les bédouins nAvaient plus de fourrage pour leurs chevaux et leurs chameaux qui mouraient chaque jour en grand nombre. Les provisions commencèrent à manquer cruellement. Surtout le mauvais temps les indisposait d'une façon intolérable. La nuit leur apportait froid glacial et tempête. Un orage de vent et de pluie faisait soulever le sable qui les frappait en plein visage, renversait leurs tentes, éteignait leurs feux, projetait leurs ustensiles et faisait fuir leurs chevaux. Ils prétendirent que tout cela était dû à la magie noire et à la sorcellerie de Mohammad qui ne tarderait pas à tomber sur eux avec toutes ses forces. Ils étaient ainsi frappés de terreur.
Le Prophète resta occupé à des prières ferventes pendant les trois derniers jours, implorant lAide du Tout Puissant Allâh dans les termes suivants : "Ô Seigneur ! Révélateur du Livre Sacré, Toi Qui es prompt dans Tes comptes : Déroute lArmée des confédérés ! Mets-les en déroute, et fais-les trembler, Ô Seigneur !". La quatrième nuit, ayant terminé ses prières, il demanda à Abû Bakr s'il voulait bien se rendre dans le camp de l'ennemi pour surveiller leurs activités. Abi Bakr répondit : "Je demande pardon à Allâh et à Son Prophète". Le Prophète promit alors le Paradis à quiconque accepterait de prendre ce risque, et il se tourna vers `Omar, lequel s'excusa de la même façon. La troisième personne à laquelle le Prophète sAdressa fut Huthayfah, qui accepta sur-le-champ, et se rendit dans le camp de l'ennemi à la faveur de la nuit. Il put constater les ravages faits par la tempête et voir Abû Sufiyân sombrer dans une très mauvaise humeur. Il revint à son camp et rapporta au Prophète en détail tout ce qu'il avait vu chez l'ennemi. Le Prophète fut très content de sentir que son appel à Allâh avait été satisfait. "Ô vous qui croyez ! Souvenez-vous des bienfaits dAllàh envers vous : lorsque les armées marchèrent contre vous, Nous avons envoyé contre elles un ouragan et des armées invisibles. Allâh voit parfaitement ce que vous faites" (Sourate al-Ahzâb, verset 9).
Indisposé soit par la sévérité du climat soit par la terreur que lui inspirait la manifestation de la Colère du Ciel, Abû Sufiyân décida précipitamment de lever le siège et de retourner à ses bases de départ une fois pour toutes. Convoquant les chefs des alliés, il leur fit connaître sa décision. Donnant l'ordre de lever le siège imposé au camp, et montant immédiatement sur son chameau, il prit rapidement le chemin de la Mecque, suivi par ses années. Khâlid fut chargé, avec deux cents chevaliers, de garder lArrière des armées et de les protéger contre toute poursuite. Les Ghatafân et les alliés bédouins se retirèrent vers les déserts. Au matin, personne ne se trouvait plus dans le camp.
Ce fut une grande joie pour les Musulmans de découvrir ce matin-là la soudaine disparition de l'ennemi et le dégagement inattendu de leur camp. Ils démolirent ce camp dans lequel ils avaient tant souffert du siège pendant les vingt-quatre derniers jours des mois de Chawwal et Thilqa`dah, de lAn 5 de l'hégire (ou de Février - Mars, 627, A.J.-C.), et dès qu'ils reçurent la permission du Prophète de quitter le terrain mitoyen de la colline de Sila, ils se dispersèrent sans tarder pour gagner leurs domiciles.
Tout de suite après le retour du Prophète du retranchement, et alors qu'il était en train de se laver les mains et le visage, après avoir 8té son armure, dans la maison de sa fille bien-aimée, Fâtimah, chez laquelle il avait l'habitude de se rendre avant de regagner sa propre maison à son retour de chaque expédition ou voyage, lAnge Gabriel lui apporta l'ordre de se diriger immédiatement vers les Juifs de Quraydhah. Le Prophète y envoya sur-le-champ `Ali avec son Etendard, et il l'y suivit avec son armée pour assiéger la forteresse des Juifs, lesquels, ne sAttendant pas à un tel siège, commencèrent à en souffrir rapidement. Aussi songeaient-ils à capituler, mais leur récente trahison n'était pas encore oubliée. Elle avait causé la plus grande anxiété aux Musulmans jusqu'à la veille. S'ils avaient attaqué lArrière des lignes musulmanes conformément à leur pacte avec les Quraych, ils auraient provoqué la faillite totale des Musulmans. Comme nous lAvons déjà dit, personne, se trouvant à la place du Prophète pendant les jours du retranchement, nAurait été capable d'oublier leur trahison.
C'était donc à leur tour de souffrir des conséquences de leur comportement déloyal. Le Prophète refusa de leur faire aucune confiance. Cependant, lorsqu'ils le prièrent de permettre à Abû Lobâbah, de la tribu dAws - dont ils exaltèrent lAncienne amitié avec eux - de leur rendre visite et de discuter avec eux, le Prophète accepta de bon cœur de leur accorder cette faveur. Abû Lobâbah alla chez eux et se concerta avec eux, non pas avec sa langue, mais symboliquement avec ses mains en dessinant des gestes sur sa gorge pour leur signifier qu'ils étaient condamnés et qu'ils devaient agir désespérément.
Mais leur conscience coupable ne leur permit pas dAgir avec lucidité. Finalement, après vingt-cinq jours de siège, ils offrirent de se rendre à condition que Sa`d Ibn Mo`âth, le chef de leurs alliés - les Banî Aws - fût désigné pour décider de leur sort. Le Prophète accepta leur reddition. Ils sortirent donc comme prisonniers et Sa`d fut convoqué pour prendre une décision sur le sort qui leur serait réservé. Sa`d, qui avait été grièvement blessé dans la bataille du Fossé, était en traitement. Lorsqu'il apparut à dos de mulet, affaibli et éreinté, soutenu par ses amis, mais le visage toujours majestueux et imposant, il fut vite entouré par les hommes de sa tribu qui le poussaient à traiter les prisonniers avec indulgence, lui rappelant leur amitié et les services qu'ils avaient rendus de temps en temps, comme dans les batailles de Bo`ath. Quand il sApprocha, le Prophète lui commanda de prononcer son jugement sur les Banî Quraydhah. Sa`d se tourna vers les siens qui nAvaient pas cessé de l'inciter à faire preuve de miséricorde envers les Juifs, et leur demanda s'ils étaient disposés à accepter solennellement ce qu'il déciderait. Après avoir entendu un murmure général de consentement, Sa`d décréta que les captifs mâles devraient être passés par l'épée, leurs femmes et enfants vendus comme esclaves, et leurs biens confisqués et divisés entre les assiégeants. Cette sentence fut exécutée.
Le chef des Nadhirites, Hoyay Ibn Akhtab, celui qui s'était rendu coupable d'inciter les Quraydhah à rompre le pacte de neutralité conclu avec le Prophète, et donc de leur causer cette calamité, fut parmi les tués, tout comme Ka`b Ibn Asad, le chef des Quraydhah.
Zaynab, une fille d'une beauté extraordinaire, était la fille dAminah, fille `Abdul-Muttalib, le grand-père du Prophète. Elle était donc une cousine de Mohammad qui lAvait éduquée quand elle était jeune fille, sous son contr6le personnel. Lorsqu'elle devint une femme, le Prophète lui proposa de se marier avec Zayd, l'esclave affranchi qu'il considérait avec une affection paternelle. Elle refusa tout dAbord ce mariage, mais finit par y consentir plus tard. Toutefois, elle n'était guère heureuse dans son mariage, et son mari la traitait avec dédain. Chaque; jour des querelles éclataient entre eux, et Zayd se plaignit d'elle auprès du Prophète auquel il exprima son désir de la répudier.
Le Prophète l'en dissuada. A la longue, Zayd ne pouvant plus supporter la situation, il se sépara d'elle, en lAn 5 de l'hégire. Pensant être la cause du malheur de sa cousine qu'il avait mariée contre sa volonté, le Prophète se sentait mal à lAise et la dédommagea en l'épousant lui-même.
Il convient de noter ici qu'un esclave était toujours considéré avec mépris par son maître et par le grand public, et il n'obtenait pas en général un statut d'égalité avec eux-mêmes après son affranchissement. Que dire alors du mariage mixte! En mariant sa propre cousine à Zayd, le Prophète avait donné un exemple aux gens pour qu'ils ne traitent pas un esclave comme un être dégradé ou inférieur. En outre, beaucoup de coutumes avilissantes prévalaient en Arabie avant lAvènement du Prophète. Par exemple, le fils le plus âgé héritait de son père ses veuves. De plus le fils adoptif héritait de tous les biens et titres de son père adoptif resté sans progéniture de lui-même, privant ainsi tous les autres héritiers légitimes de son héritage. Les gens étaient en somme plongés profondément dans la cruauté et le vice. L'infanticide féminin n'était pas considéré comme un crime pour eux. C'est pour condamner et abolir de tels vices et immoralités et mettre fin à la torpeur spirituelle que le Prophète naquit en Arabie. Et le voilà qui reçoit présent, du Seigneur Suprême, cet ordre : "Et quand Zayd eut cessé tout commerce avec son épouse, Nous te lAvons donnée pour femme afin qu'il n y ait pas de faute d reprocher aux Croyants au sujet des épouses de leurs fils adoptifs quand ceux-ci ont décidé une affaire nécessaire les concernant. L'ordre de Dieu doit être exécuté" (Sourate al-Ahzâb, 33:37), ordre d'épouser Zaynab afin de donner aux Musulmans un exemple pour qu'ils ne traitent plus un fils adoptif comme un fils réel. Par conséquent, le Prophète épousa Zaynab Bint Johach après le délai requis à la suite de sa séparation dAvec Zayd.